Université Cadi Ayyad

Faculté Poly disciplinaire de Safi 

 

Département : DLLCF

 

RECHERCHE SUR LA POTERIE DE SAFI, LA CATHÉDRALE PORTUGAISE ET LA GRANDE MOSQUEÉ DE SAFI

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La céramique traditionnelle de Safi

Au cours du 19ème & le début du 20ème siècle

 

Les témoins archéologiques et les sources historiques sont unanimes sur le fait que Safi est le réceptacle d’une activité potière très enracinée dans l’histoire. En effet, les habitants de cette ville ont  combiné, depuis leur existence, entre les ressources maritimes et la fabrication d’objets utilitaires en poterie grâce à la disponibilité d’une matière première de grande qualité offerte par les gisements environnants. La découverte d'énormes quantités de céramique dans le site de Lalla Hniya Hamriya, en 1993, constitue une grande preuve scientifique que la ville de Safi a connu l'industrie de la céramique depuis, au moins, l’époque almoravide (le milieu du 11ème  siècle).

 

Les ateliers de Safi ont continué à produire toute sorte de céramique durant toute l’époque médiévale. Cependant, l'occupation portugaise de la ville en 1508, et la fuite d'une partie importante de sa population (y compris les artisans en particulier les céramistes) ont certainement contribué à la disparition de cette industrie de Safi tout au long du 16ème  siècle. Nous ne disposons d'aucune information sur le sujet de la poterie à Safi, au cours des 17ème  et le 18èmesiècles, mais la découverte d'un document historique datant du 1821, nous a confirmé que Safi est redevenue un centre de production de la céramique, au moins au début du 18ème siècle, c’est-à-dire un siècle avant l'avènement du céramiste Boujemaa Lamali.

 

Alors que les céramistes de l’arrière pays de Safi ont continué à reproduire les anciennes techniques et formes de la poterie, les céramistes de la ville ont pu développer de nouvelles formes, et mettre en place la décoration, surtout durant la seconde moitié du 19ème  siècle. Deux facteurs étaient derrière ce nouvel élan de la céramique décorative à Safi : d'abord, l'ouverture du port de Safi sur le commerce international, en particulier les produits anglais. L’installation de nombreux céramistes de Fès à Safi tels que  Mohammed Langassi, Mohammed El Ghammaz, et Abdul Wahab Ben Makhlouf constitue le second facteur. Ces artisans étaient expérimentés dans l'utilisation du vitrage et des oxydes métalliques pour la décoration. Cette période a été caractérisée par la production d'un type de porcelaine décorée avec des motifs traditionnels en bleu appelée "Praya" une perversion du mot anglais "Bright". La production de ce type de porcelaine monochrome a continué tout au long de la seconde moitié du 19ème siècle jusqu'au début du 20ème  siècle.

 

  En ce qui concerne les motifs, les artisans originaires de Fès avaient tendance à décorer leurs œuvres avec une sorte de motifs végétaux dite « Tbouâ » dont les origines remontent au moins au 18ème siècle. Néanmoins, un céramiste local dont le nom est «  Ahmed Lemdasni » préférait les motifs géométriques d’inspiration espagnole. Cette influence est due à sa fréquentation au consul d’Espagne au Maroc, à cette période, lequel était un grand passionné de céramique. 

 

Safi a connu à la fin du 19ème siècle, un autre type de céramique monochrome. Il s’agit de la céramique verte dont l’introduction à Safi a été faite par le maitre Abdellah Tabiî Ennaçiri originaire de Tamegroute. Les pièces de cette période étaient totalement vertes ou moitié vert moitié beige. Cette bichromie dite « Farouzi » remonte au moins au 18ème siècle.

 

Au début du 20ème siècle, la poterie à Safi était moribonde parce qu'elle souffrait de la concurrence des produits européens à base de plastique et de la verrerie. Pour se remédier à cette situation, les autorités du Protectorat français au Maroc ont fait appel à un jeune céramiste maghrébin talentueux mais diplômé aussi. Il s’agit du maître Boudjemâa Lamali dont l’installation à Safi a bouleversé l’histoire de la céramique dans cette ville.

 

 

 

La céramique de Safi  après l’indépendance du Maroc

Du milieu du 20ème siècle jusqu’aux années 2000

 

 

Après l'indépendance du Maroc, Lamali a continué à travailler  dans son propre atelier ainsi que les autres Mâllems de de sa génération, comme Taher Serghini, et son beau-frère Thami Serghini, Laghrissi Abdel Kader, le professeur Ahmed Sebtil Rabti, Allal Bendjelloul, et bien d'autres. Certains de ses apprentis/ses collaborateurs ont établi  leurs propres ateliers comme Ahmed Ben Braham et Ibrahim Tabiî ...etc. l’habile commerçant Saîd Soussi a fait de même. Ainsi les maitres de ses ateliers  ont appris, à leur tour,  le métier à leurs enfants et les gens de la ville jusqu'à ce que leur nombre s’est accru peu à peu.

 

 

Les autorités de l’indépendance ne se contentent pas des ateliers pour enseigner l'artisanat de céramique aux jeunes, mais elles vont créer, en 1958, une autre école pour la céramique à la colline des potiers.  Elles ont confié la direction et la formation au céramiste « Angel Bistaña ». Cet espagnol a conservé le répertoire traditionnel de Safi, la seule décoration qu’a introduit le céramiste espagnole c’est  « Canevas ». Parmi ses brillants élèves on cite le Maallem Jilali Ziwani qui suit une autre formation en Italie. Lui et Ahmed Serghini ont su bien combiner les trois composants de l’art islamique à savoir : le floral, le géométrique et le calligraphique. En outre, les céramistes des années 1960-1970 ont inventé d’autres décorations tels que « les Paysages » ainsi que des vase de taille moyenne appelés « Romaine », et ont revivifié d’autres telles que « l’œillet »  dite aussi « Machta ».

 

     Quant au maître Ahmed Laghrissi, il est à la fois conservateur et créateur en même temps. La plupart de ses œuvres se caractérisent par la simulation et la rénovation des œuvres de Lamali. En outre, il a fait revivifié quelques formes et certains motifs de la céramique arabo-andalouse, et a introduit à la céramique de Safi la décoration islamico-orientale dite « le barbelé » en la stylisant.

 

 Bien entendu, en plus des motifs nouvellement créés, la céramique de Safi a conservé son éventail traditionnel (tboue) dont les éléments essentiels sont : les feuilles trilobées (addarj), les ailes stylisées (jnawah boufartouttou), le scorpion (alaqrab), la ruche (‘ache annhal)…

           

Aujourd’hui, la ville de Safi constitue un haut lieu de créativité artistique. Son musée est un centre qui a pour mission la conservation et la mise en valeur de cet art authentique et ancestral.

 

Le processus de fabrication de la céramique tournée à SAFI

Lors de ma visite à la colline de poterie et d’après les entrevues faites avec certains maitres potiers, j’ai pu déduire que, à Safi, le processus de fabrication de la céramique passe par plusieurs phases que je  résume comme suit : 

 

1-       Le concassement (Taqsar) : Une fois l’argile est apportée des carrières proches, puis séchée au soleil, les ouvriers le concassent en petits fragments, et les jettent ensuite dans un petit bassin de l’atelier afin de les dissoudre dans l’eau. L’argile concassée passe 24 heures dans le bassin

 

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2-      Le piétinement (Laâjina) : Quand l’argile devient pâte, on le sort du bassin et on le met par terre après avoir saupoudré le sol de cendre. Ensuite un ouvrier essaie de  former une grande motte en la laissant s’évaporer quelques heures. Après l’évaporation, l’ouvrier spécialiste se met à malaxer cette grande pâte, les pieds nus, jusqu’à ce qu’elle devienne plus ou moins compacte.

 

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3-      l’évaporation :, l’ouvrier spécialiste se met à malaxer cette grande pâte, les pieds nus, jusqu’à ce qu’elle devienne plus ou moins compacte.

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4-      Égouttage (Taqtar) : Après avoir malaxer la pâte par ses pieds, l’ouvrier passe à l’égouttage. Cette opération consiste à conserver la pâte durant plusieurs jours dans une pièce humide pour qu’elle devienne plus malléable.

 

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5-      le malaxage (Tetrab) : Quand le maître tourneur veut façonner des pièces, il demande à un malaxeur (Terrab) de lui préparer des mottes. Selon la quantité désirée, le malaxeur prend un bout de la pâte conservée, et le malaxe avec ses mains sur un potager en bois ou en ciment. La forme de la motte malaxée doit être parallélépipédique.

           

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6-      le tournage (Tlaoulib) : Le tourneur façonne la pâte sur un tour, et à l’aide de l’eau et un outil métallique, lui donne la forme qu’il veut. Quant au tour, c’est un mécanisme en bois constitué de deux disques horizontaux maintenus avec un axe. Le tour, est fixé dans une fosse, que le céramiste tourne à l’aide de son pied. On peut aussi trouver un tour électrique.

 

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Maallem Abdelmajid AKKARI

 

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7-      1er  séchage au soleil : une fois la forme désirée par le céramiste est façonnée, la pièce passe au séchage au soleil pendant une journée.

 

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8-      l’engobage (Tabyid) & le 2ème  séchage au soleil : l’ouvrier met la pièce séchée dans un petit bassin rempli d’engobe, puis il l’expose au soleil pendant une journée pour un deuxième séchage.

 

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9-      première cuisson (Tachwit) : quand l’engobe devient sec, les pièces passent à la chambre inférieure du four pour une cuisson afin de durcir l’engobe qui sera le fond sur lequel le décorateur travaille

 

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Four à gaz

 

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Four traditionnel

10-  la décoration (Tazwiq) : cette étape consiste à décorer la pièce avec des motifs appartenant au répertoire de la région.

 

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Décoration à crue

 

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Décoration après la première cuisson

11-  l’émaillage (Tazlig) durant cette phase, la pièce est enduite d’émail blanc après un séchage de quelques heures à l’air.

 

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12-  l’enfournement ou la 2ème cuisson (Tyab) : quand l’émail devient sec, on met la pièce émaillée à la chambre supérieure du four pour une deuxième cuisson afin de fixer l’émail qui protège la surface de la pièce et son décor.

 

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13-   la sortie du four et la mise en vente : quand les pièces sortent du four, elles sont prêtes à utilisation. Les artisanats les vendent en gros aux commerçants locaux (qui l’exposent dans leurs boutiques à la colline des potiers à Safi), qui assurent leur distribution vers le marché national ou à étranger à travers le port.

 

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Il y a d’autres méthodes que  le tournage comme le modelage à la main :

 

 

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Travail de M.Abdelkarim BELMAAIZI

 

Il y a aussi la technique de moulage en utilisant des moules en plâtre

 

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Travail du Maallem Abderrahim KCHIKECH

 

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Composition de l’argile de SAFI

L’argile de SAFI est une argile rouge, et d’après les analyses effectuées dans le laboratoire central de la fabrique de porcelaine HEUTSHENREUTER à la ville de SELB(Bavière) en Allemagne sous la demande de M .Larbi ELHANINE directeur du Centre de Qualification Professionnelle des Arts Traditionnels C.Q.P.A.-SAFI  et professeur de la technologie de la poterie , elle est constituée de 56,30% de silice et de 21,60% d’aluminium comme matériaux principaux et d’autres matériaux tels que le fer 7,50%, le manganèse de 0,04%, le potassium, le sodium qui sont considérés comme des impuretés .

 

La composition chimique

Les oxydes minéraux

La quantité en %

SiO2

Oxyde de silicium (silice)

56 ,30

A12O3

Oxyde d’aluminium

21,60

Fe2O3

Oxyde de fer

7,45

MgO

Oxyde de magnésium

3,18

CaO

Oxyde de calcium

4,02

Na2O

Oxyde de sodium

0,51

K2O

Oxyde de potassium

5,75

TiO2

Oxyde de titanium

1,08

BaO

Oxyde de baryum

0,05

P2O5

Pentoxyde de phosphore

0,08

H2O

L’eau

Taux important

 

 

 

La cathédrale portugaise

 

La cathédrale portugaise fut construite en 1519 sur les décombres de la grande mosquée d’Almohades, en préservant juste le minaret pour s’en servir comme clocher. Avant de quitter la ville, le roi Emmanuel ordonna de détruire la cathédrale pour qu’elle ne tombe pas dans les mains des musulmans, il n’en subsiste que le chœur et la chapelle latérale droite.

Les parties conservées illustrent de par leur conception et leurs décors l’architecture gothique de la renaissance et plus particulièrement le style manuélin.

Le chœur est une salle construite avec des pierres taillées et sculptées avec un art gothique en ogives et arcs boutants et des colonnes volumineuses sculptées, au fond on trouve une voute surcroisée dotée d’un médaillon central portant les armes de Portugal et huit médaillons secondaires, déposés en couronne, dont les sculptures représentent des emblèmes religieux et des armes seigneuriales. Il y a aussi des vitraux qui sont murées parce que la salle fut transformée en Hammam (bain).

 

SOURCE : fiche se trouvant dans la cathédrale

 

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vitraux murés

 

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Arc intérieur

   

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Voute du chœur

 

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Traces du Hammam

 

La chapelle latérale a perdu sa voute. Il en subsiste cependant les départs des ogives avec les consols . l’entrée de la salle est ornée par un bel arc mouluré en torsade.

 

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La cathédrale a été munie de  passages souterrains qui permettaient aux portugais d’accéder à différentes places comme « bureau arabe » et « l’ancien port » et d’y faire passer les richesses de la ville et les armes sans être vus.

 

SOURCE : le surveillant de la cathédrale

 

 

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Porte d’un passage souterrain

 

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Porte de la cathédrale

 

La Grande Mosquée de Safi

 

 

La Grande Mosquée de Safi était construite au cœur de l'ancienne médina au même endroit de l'ancienne mosquée Almohade. Cependant, lors de l'occupation portugaise de Safi, elle  servait de dépôt d'ordure et d'écurie. Elle  était reconstruite par le Sultan Sidi Mohamed ben Abdallah en 1807. Son minaret, qui lui est isolé, est un chef-d’œuvre architectural dont la masse est construite en pierres de taille, décorées d’arcs à lambrequin, ce minaret rappelle par sa forme architecturale et décorative le style almohade.

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Le minaret isolé  de la grande mosquée

 

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Portière de la Mosquée par  kisariyat lbouiba

 

 

 

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N.B : toutes les photos sont prises par moi-même.